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Laurent MULOT - "Middle of Nowhere"
Né au Havre au siècle dernier, il y retourne parfois, voir sa mer… Embarqué trop jeune dans des études de sociologie, il bifurque plus tard en Arts plastiques à Panthéon-Sorbonne. Il se jette dans la fabrication d’objets inutilisables (Galerie Neotu, Paris), puis dans la sculpture, en France, en Tchéquie, en Slovaquie et assidûment au Brésil.
Très fatigué par le poids de l’acier, il s’en prend aux images (bien plus légères) et devient expert en photographies ratées, parutions, expositions, collections… Il continue son chemin et finalement trouve la réconciliation entre sa préoccupation esthétique, son intérêt sociologique, sa rage contre les médias de grande consommation et une certaine globalisation en inventant la constellation Middle of Nowhere.
Son point de vue de voyageur et de déraciné se pose sur des territoires improbables qu’il rapatrie au milieu de nulle part…
C’est de ce milieu que le travail continue sur le globe à tisser sa toile, en Australie, en Chine, en France, au Brésil et sur le web : www.mofn.org
Middle of Nowhere est une œuvre d’art visuel consistant à implanter un geste poétique sur les 6 continents.
Ce geste est concrétisé par la pose d’une plaque attestant la fondation d’un Centre d’Art Contemporain Fantôme dans des lieux inhabituels pour un centre d’art, et avec des gens qui n’ont aucun lien avec l’Art Contemporain. Le travail a commencé dans la plaine désertique du Nullarbor en Australie.
Depuis, quatre Centres d’Art Contemporain Fantômes existent de par le monde :
Le Centre d’Art Contemporain Fantôme de Cook en Australie,
Le Centre d’Art Contemporain Fantôme de Rochefourchat en France,
Le Centre d’Art Contemporain Fantôme de Zhu Hai Zhen en Chine,
Le Centre d’Art Contemporain Fantôme de Mazagao Velho Amapa en Amazonie brésilienne.
Si le processus est le même, chaque centre d’art pose la question des spécificités du territoire où il est installé et de la nature de la rencontre des habitants du lieu choisi. Ainsi en est-il, par exemple, de Middle of Nowhere en Chine, « pays du milieu » où Laurent Mulot s’est rendu au centre géodésique du pays. Ailleurs, en Australie, le centre d’art de Cook pose la question des lieux délaissés. Arrivé à Cook, l’artiste trouve une ville vidée de ses habitants à l’exception d’un couple qui vit isolé du reste du monde, dont la vie est rythmée par le passage du train traversant l'Australie d'est en ouest et qui y fait une halte ; ce couple fonde alors le centre d’art avec l’artiste et en assure la pérennité.

"João Alcindo Costa Milhomen and José Carlos de Carvalho, caretakers of the Amazonian Ghost Contemporary Art Center, Mazaçao Velho Amapa, Brazil (2007)"
Photo : Laurent Mulot
L'A.G.C.A.C. est le dernier Centre d'art fantôme créé par Laurent Mulot, inauguré en juin dernier.
Dans le cadre de Veduta Biennale de Lyon, Laurent Mulot propose « Aberration Middle of Nowhere 1, 2, 3, 4 »
Le projet de la place des Terreaux est constitué de 4 stations d’observation (faisant référence aux folies du 18ème siècle, aux lunettes touristiques et autres tables d’observation).
Sur chacune de ces stations 2 ou 3 points d’écoute et de visionnage sont aménagés, permettant au visiteur de voir au travers de visionneuses stéréoscopiques des images des 4 centres d’art fantômes avec l’illusion des trois dimensions, puis également d’entendre une séquence musicale relative aux endroits respectifs.
Au travers de ce dispositif, le spectateur pourrait croire être invité à observer la place à l’aide de lunettes or il y verra tout à fait autre chose. L’un des objectifs est aussi que la conversation se noue entre les visiteurs sur ce qui est vu. L’aspect fantomatique de la présence/absence (observer ce qui n’est pas présent) est directement lié à la dynamique de l’œuvre.
Slimane Raïs - "Terre Promise"
A partir d’un territoire choisi, Slimane Raïs construit son œuvre au fil des rencontres en installant un lien avec celles et ceux qui occupent le lieu de son intervention.
L’œuvre d’art se constitue alors d’une double trace : l’objet qui reste au visible et par là bascule dans le public, et le souvenir d’une rencontre qui demeure dans une sphère privée. Ainsi en est-il, pour exemple, de l’œuvre Pour Parler (1998), une cabine téléphonique accrochée au mur d’un centre d’art. Dès que le visiteur décroche le combiné il entre en communication directe avec le téléphone portable de l’artiste. Ce dernier se rend alors disponible pour un moment de dialogue qui matérialise l’œuvre dans la relation entre l’artiste et son interlocuteur.
La musique et le voyage comme point de départ
"Ce projet est né suite au voyage que j’ai effectué dans les pays de l’Europe de l’est en 2006. Européanisés depuis peu, pour certains d’entre eux, ces pays ne m’intéressaient pas seulement par leur spécificité géographique, leur langue ou leur culture… Non, ce qui m’intéressait c’était quelque chose qui n’avait pas de frontières ni de nationalité. Quelque chose de beaucoup plus diffus, qui n’a
pas de territoire propre, ne l’a jamais eu d’ailleurs : la musique Tzigane.
Cette musique qui est devenue pour ces peuples, qu’ils soient Roms (Tziganes des pays de l’est), Gitans (Tziganes de la péninsule ibérique), Jenisches (Tziganes de Suisse et d’Autriche), Manouches (Tziganes d’Allemagne, de Belgique, d’Alsace et d’Auvergne) ou autres encore, à travers l’Europe
ou dans le monde entier, plus qu’une identité : un territoire, une patrie.
Au bout du voyage
Trois exposititions ont vu le jour : deux en Roumanie, au Musée d'Art de Timisoara, et la troisième à Lyon. Ces trois oeuvres, différentes les unes des autres, sont à la fois distinctes, car elles peuvent être présentées indépendamment, et liées, car elles ont en commun l’histoire de mon voyage dans les pays de l’est." Slimane Raïs
Les trois oeuvres :
"L'histoire sans fin"
Cette installation, qui par son titre revisite l’oeuvre de Brancusi "la colonne sans fin", se compose de multiples médias : photos, vidéos, objets, lumières, musiques… assemblés par l’artiste à la manière d’un puzzle autour des trois couleurs emblématiques de la Roumanie : le rouge, le jaune et le bleu.
Un aller-retour entre l’histoire individuelle (celle d’un artiste en résidence dans ce pays), et l’histoire collective (celle d’un peuple en perpétuelles mutations).
Rouge
Rouges, ces sculptures en cire perchées au-dessus de structures métalliques rappelant, par leurs formes extérieures, ces prie-dieu disposés dans les lieux de culte, à la mémoire des morts et des vivants.
Rouge, ce petit écran diffusant, tel un générique de fin d'un film, les noms de villes traversées par l’artiste lors de son séjour en Roumanie.
Rouge, cette lumière émanant de ces étranges sculptures, en répétition, telle une décomposition de la colonne sans fin de Brancusi, éclairant à la fois le modèle et son support. Un peu comme pour nous rappeler que dans un passé très proche, le support fut aussi important que le modèle qu’il portait.
Jaune
Jaune, cette guirlande qui redessine l’architecture de l’espace d’exposition pour le transformer en un semblant de lieu de méditation…
Jaune, ce cadre numérique diffusant, en boucle, des photos prises tout azimut par l’artiste, afin de mémoriser chaque instant… Tout comme l’image de ce graffiti, très nostalgique, photographié sur le mur d’un lieu de culte à Constanta qui nous rappelle que l’histoire de ce pays est faite de multiples histoires qui se succèdent, et que chacune d’elles contient la mémoire de celle qui la précède.
Bleu
Bleue, cette vidéo qui nous embarque pour une traversée du delta.
Bleu, ce Danube, véritable symbole de la confluence des cultures européennes. Plus qu’un fleuve, il est le témoin vivant de toutes les histoires culturelles et économiques de ce pays. Sa présence nous rappelle sans cesse que, par son intermédiaire, la Roumanie fut européenne, avant même de rejoindre l’union européenne.

L'histoire sans fin (détail)
photo : Slimane Raïs
"An almost ordinary morning"
"Ce matin, presque comme tous les matins, depuis mon arrivée à Constanta, je m’installe dans le café pas très loin de ma résidence, pour prendre mon café et m’informer des nouvelles du jour.
Ce matin, presque comme tous les matins, je commence d’abord par la page internationale ; peut-être pour moi une manière de me sentir connecté, encore, au reste du monde.
Ce matin, presque comme tous les matins, les vacanciers, par centaines, vont et viennent le long de la plus grande et la plus célèbre plage de Roumanie : La Mamaia.
Ce matin, pas vraiment comme tous les matins, je referme le journal, je quitte le café, je fais quelques pas, je m’assois face à la mer, j’allume ma caméra et je filme jusqu’à épuisement de la bande.
Ce matin, et presque comme tous les matins qui suivront, rien ne sera plus vraiment ordinaire."
De cette journée que nous conte l'artiste naîtra une vidéo de 4 minutes, réalisée le jour de son arrivée à Constanta, mais aussi le jour des bombardements israéliens au Liban. Un plan fixe, inter-coupé par un texte extrêmement violent tiré d’une correspondance de presse au Liban.
"Terre promise" (projet pour Veduta)
Terre promise se présente comme un objet hybride, un mélange de caravane et de voiture. Mais pas n’importe quelle voiture ! La voiture de référence : La Mercedes.
Vidée de ses sièges, de son tableau de bord, de ses portières…, la voiture ne conserve de sa caisse que l’avant et l’arrière et un petit volant de direction. Toute la partie intermédiaire est supprimée et remplacée par une caravane entièrement encastrée dans l’habitacle. Une caravane en bâche polyuréthane transparente, montée sur une structure métallique, fixée sur la caisse, telle une tente de camping.
La caravane est complètement vide, son sol est recouvert d’une couche de gazon, tel un terrain vague.
Fixé à l‘intérieur et à l‘avant de la voiture, un GPS diffuse en boucle une vidéo d’un musicien Tzigane, accompagné de sa fille, jouant du violon sous le tunnel du métro de Budapest.
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